Czerwony Kapturek i zielony Lafejek z babcią i wilkiem zbierają maliny w ogrodzie – akwarelowa ilustracja bajkowa.

Le Petit Chaperon rouge : quand les illustrateurs réinventent un conte

En septembre 2026, à Donzac, dans le Tarn-et-Garonne, une exposition invite les visiteurs à entrer dans un univers que nous croyons connaître depuis l’enfance : celui des contes populaires.

Présentée au Conservatoire des métiers d’autrefois, l’exposition Illustrateurs de contes populaires réunit des images associées à de grands noms de l’illustration, parmi lesquels Gustave Doré, Walter Crane, Arthur Rackham ou encore Edmund Dulac. À l’occasion des Journées européennes du patrimoine des 19 et 20 septembre, elle offre surtout un excellent prétexte pour regarder autrement ces histoires que nous avons tellement vues que nous ne les regardons presque plus.

Prenons un personnage que tout le monde reconnaît : le Petit Chaperon rouge.

Une petite fille, une cape rouge, un panier, une forêt et un loup. Quelques éléments suffisent. Mais cette image est-elle vraiment celle que Charles Perrault avait en tête lorsqu’il publia son conte en 1697 ?

Pas tout à fait.

Que signifie vraiment « chaperon » ?

Dans les Histoires ou Contes du temps passé, avec des moralités, Perrault raconte qu’une grand-mère fait faire à sa petite-fille « un petit chaperon rouge ». Il lui va si bien que l’enfant reçoit bientôt le nom que nous lui connaissons.

Le mot mérite qu’on s’y arrête.

Aujourd’hui, lorsqu’on entend Le Petit Chaperon rouge, on imagine volontiers une cape rouge munie d’une capuche. Pourtant, le mot chaperon appartient à une histoire beaucoup plus ancienne du vêtement. Il a notamment désigné une coiffure couvrant la tête. Le texte de Perrault ne nous fournit donc pas le costume complet que les images modernes nous ont appris à reconnaître.

Il ne nous dit pas non plus si l’enfant est blonde ou brune, quelle robe elle porte, à quoi ressemblent ses chaussures ni quelle taille fait son panier.

Le texte laisse un espace vide.

Et c’est précisément dans cet espace que les illustrateurs vont entrer.

Deux siècles pour inventer une petite fille

Observer plusieurs représentations du Petit Chaperon rouge du XIXe et du début du XXe siècle produit une étrange impression. Nous reconnaissons toujours l’histoire, mais nous ne reconnaissons pas toujours immédiatement son héroïne.

Dans une illustration française des Contes de fées en estampes datant de la première moitié du XIXe siècle, la petite fille ressemble presque à une jeune dame.

Sa robe possède des manches bouffantes, son tablier est décoré, ses chaussures sont délicates et son étrange coiffure rouge est très éloignée de la grande cape de nos albums contemporains. Sans le loup qui s’avance vers elle et sans le titre imprimé sous l’image, certains lecteurs hésiteraient peut-être à l’identifier.

Cette image ancienne nous rappelle une évidence que l’on oublie facilement : un personnage littéraire n’a pas nécessairement de visage définitif.

En 1843, Louis Marvy lui donne un paysage

Dans l’édition des contes de Perrault publiée à Paris par Léon Curmer en 1843, Louis Marvy installe la petite fille dans un monde beaucoup plus développé.

Une maison, un chemin, des arbres, puis la rencontre avec le loup : le décor participe désormais pleinement au récit.

Ces gravures sont en noir et blanc. Le fameux rouge ne peut donc pas guider notre regard. Ce sont la situation, le costume, les gestes et surtout la présence du loup qui permettent de reconnaître le conte.

C’est intéressant : aujourd’hui, nous pouvons identifier le Petit Chaperon rouge presque uniquement grâce à une couleur. Marvy devait encore raconter suffisamment de l’histoire pour que nous sachions qui se trouvait devant nous.

Gustave Doré : le conte n’est plus innocent

Puis vient Gustave Doré.

En 1862, l’artiste illustre les contes de Perrault et donne au Petit Chaperon rouge certaines de ses images les plus célèbres.

Dans la scène du lit, il n’y a toujours pas de rouge. Il n’en faut pas.

Le loup est énorme. Ses pattes reposent sur les draps. À côté de lui se trouve une petite fille dont le regard semble partagé entre curiosité et inquiétude.

Doré nous oblige ainsi à nous souvenir du texte de Perrault lui-même.

Dans cette version française, personne ne vient sauver l’enfant. Le loup dévore la grand-mère, puis le Petit Chaperon rouge. Perrault ajoute ensuite une moralité qui transforme clairement l’animal en métaphore : il existe, explique-t-il, des loups charmants, doux et complaisants qui suivent les jeunes demoiselles jusque dans les maisons.

Nous sommes assez loin du simple conte animalier pour petits enfants.

À la fin du XIXe siècle, le rouge devient une image

Quelques décennies plus tard, le personnage quitte en partie les pages du livre et entre dans un autre univers : celui de l’affiche et du spectacle.

La transformation est spectaculaire.

La cape grandit. La couleur rouge occupe une partie considérable de l’image. Elle attire immédiatement le regard et permet de reconnaître le personnage à distance.

Le vêtement n’est plus seulement un vêtement. Il devient un code visuel.

C’est une étape essentielle dans la construction du personnage que nous connaissons aujourd’hui. Une affiche doit fonctionner rapidement : dans la rue, le passant ne dispose pas de plusieurs minutes pour l’observer. Le rouge accomplit parfaitement cette fonction.

Une petite fille rouge + un loup = Little Red Riding Hood.

Le personnage est devenu une icône.

Une autre enfance vers 1900

Revenons en France.

Vers 1900, une édition parisienne publiée par Émile Guérin présente un Petit Chaperon rouge illustré par M. Fauron.

La transformation est frappante lorsqu’on compare cette image à celle du début du XIXe siècle.

Cette fois, nous voyons immédiatement une enfant : visage rond, joues roses, robe claire, petites chaussures, panier fleuri. La cape rouge est devenue longue et enveloppante.

Mais ce n’est pas seulement le Petit Chaperon rouge qui a changé.

C’est aussi la représentation de l’enfance.

Les livres destinés aux enfants développent progressivement leur propre langage visuel. L’enfant n’est plus représenté comme un adulte en miniature. Son visage, ses vêtements et ses attitudes signalent désormais clairement son âge.

L’histoire de l’illustration du Petit Chaperon rouge devient ainsi, discrètement, une histoire de notre regard sur les enfants.

Arthur Rackham rend la forêt inquiétante

Arthur Rackham prend encore une autre direction au début du XXe siècle.

Chez lui, le Petit Chaperon rouge paraît parfois minuscule.

Les arbres se tordent, leurs racines envahissent le sol, les branches semblent se refermer sur le chemin. La forêt n’est plus seulement le lieu où se déroule l’action. Elle devient presque un personnage.

Et le loup retrouve sa sauvagerie.

Rackham nous rappelle ainsi quelque chose que les versions très enfantines du conte ont parfois adouci : entrer dans la forêt signifie quitter l’espace familier. La maison, la mère et le village disparaissent. L’enfant avance seul dans un monde dont il ne connaît pas les règles.

La cape rouge est toujours là, mais elle prend une autre fonction : au milieu des bruns, des noirs et des arbres immenses, elle rend la petite silhouette encore plus fragile.

Et le conte devient aussi un objet pour enfants

Au début du XXe siècle apparaissent également des versions comme les Dean’s Rag Books, des livres imprimés sur tissu destinés aux jeunes enfants.

Nous sommes désormais très loin des luxueuses gravures du XIXe siècle.

Le livre peut être manipulé. Les formes sont simples, les couleurs franches. Le personnage porte tous les signes qui nous sont devenus familiers : la petite fille, le panier, la cape et la coiffure rouges.

En deux siècles, l’image s’est progressivement fixée.

Une exposition, mais surtout une autre manière de regarder les contes

C’est ce qui rend l’exposition de Donzac particulièrement intéressante.

Voir côte à côte des illustrateurs de différentes périodes ne consiste pas seulement à admirer de belles images anciennes. Cela permet de comprendre que l’illustration ne se contente jamais de décorer un texte.

Elle l’interprète.

Elle décide de l’âge d’un personnage, de son visage, de ses vêtements. Elle choisit si une forêt sera rassurante ou menaçante, si un loup sera grotesque ou terrifiant, si une scène sera drôle, élégante ou inquiétante.

Et parfois, ces choix deviennent si puissants qu’ils finissent par modifier notre souvenir du texte lui-même.

Charles Perrault a donné à son héroïne un petit chaperon rouge.

Pendant les siècles suivants, des dizaines d’artistes lui ont donné une robe, des chaussures, un panier, un visage, une forêt et, surtout, cette grande cape rouge que nous croyons aujourd’hui avoir toujours existé.

Alors, qui a habillé le Petit Chaperon rouge ?

Perrault a commencé.

Les illustrateurs ont continué.

Et trois siècles plus tard, nous continuons encore à l’habiller.

L’exposition Illustrateurs de contes populaires est présentée au Conservatoire des métiers d’autrefois à Donzac jusqu’au 30 septembre 2026. Une présentation particulière est proposée les 19 et 20 septembre dans le cadre des Journées européennes du patrimoine.

Illustrations de la galerie

A — Le Petit Chaperon rouge, édition originale, 1697.
B — Le Petit Chaperon rouge, vers 1830.
C — Little Red Riding Hood, Dean & Son, XIXᵉ siècle.
D — Gustave Doré, Le Petit Chaperon rouge, 1862.
E — Little Red Riding Hood, affiche, 1895.
F — Little Red Riding Hood, affiche de théâtre, fin du XIXᵉ siècle.
G — Le Petit Chaperon rouge, Émile Guérin, vers 1905.
H — Arthur Rackham, Little Red Riding Hood, 1909.
I — Dean’s Rag Book Co., Red Riding Hood, début du XXᵉ siècle.
J — Le Petit Chaperon rouge, XIXᵉ siècle.
K — Dean’s Rag Book Co., Red Riding Hood, début du XXᵉ siècle.
L — Arthur Rackham, Little Red Riding Hood, 1909.
M — Le Petit Chaperon rouge, XIXᵉ siècle.

En savoir plus sur La Feuille Atelier

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture